Survivants13 (ancien "Survie 13 françafrique bas les masques")

24.12.2013

Centrafrique : les raisons cachées de l’intervention française

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 http://www.michelcollon.info/Centrafrique-les-raisons-cachees.html?lang=fr

Centrafrique : les raisons cachées de l’intervention française
Olivier Ndenkop

14 décembre 2013

Contrairement à l’« impératif humanitaire » agité par le président François Hollande, l’ « Opération Sanguiris » menée par 1 200 soldats français vise à contrer l’arrivée des Chinois et surtout à contrôler les réserves d’or, de diamant et d’uranium présentes dans le sous sol de la Centrafrique. Un pays plus grand que la France et Belgique réunies et où Areva, Total, Bolloré, France Télécom… dictent déjà la loi, malgré les atrocités.

Après la Côte-d’Ivoire de Laurent Gbagbo, la Libye de Kadhafi et le Mali en Afrique de l’Ouest (Opération Serval), la France a décidé le 3 décembre dernier d’intervenir militairement en République centrafricaine (RCA), un pays situé justement au centre de l’Afrique. François Hollande et ses officiers ont attribué le nom d’un papillon aux ailes rouge sang à cette opération militaire : le « Sanguiris ». Cette « Opération Sanguiris » est entrée dans sa phase opérationnelle le 8 décembre, date à laquelle 800 soldats sortis des casernes hexagonales 72 heures avant, ont rejoint leurs collègues à Bangui, capitale de la RCA. Ce ralliement porte à 1 600 le nombre de militaires français dans ce pays étendu sur 622 980 km2 et peuplé de cinq millions d’âmes damnées par un demi-siècle de guerre et de misère tous azimuts. Avant l’ « Opération Sanguiris », l’armée française disposait déjà des troupes suréquipées en Centrafrique. Elles sont stationnées à l’aéroport de Bangui-Mpoko

Officiellement, l’ « Opération Sanguiris » est la réponse à une « situation catastrophique ». Une réaction « humanitaire », pour sauver « un peuple qui souffre et nous appelle », a déclaré François Hollande le 6 décembre lors du Sommet Afrique-France qui se tenait à l’Elysée. « Les Français doivent être fiers d’intervenir quelque part sans intérêts », a ajouté le « socialiste  » Hollande. Le même jour et au même endroit, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), s’était joint au président français au grand cœur pour saluer la décision ainsi prise par le successeur de Nicolas Sarkozy. Ban Ki Moon avait personnellement fait le déplacement de Paris pour participer à la grand’messe françafricaine organisée et présidée par M. Hollande avec pour thème officiel : « Paix et sécurité en Afrique ». Avant Ban Ki Moon, d’autres fonctionnaires de l’ONU comme Navi Pillay et Jan Eliasson avaient, à tour de rôle, agité le spectre d’un « conflit ethnique et religieux » qui « paralyse la Centrafrique  ». Finalement, l’ONU a voté la résolution 2127 qui autorise une intervention militaire africaine avec l’appui des forces françaises. Quelle suite logique !

 La France n’a pas d’intérêts en République centrafricaine : Vrai ou faux ?

Ce serait un non sens que la France qui n’a pas une longue tradition de philanthropie intervienne en Centrafrique tout simplement pour « sauver un peuple qui souffre et nous appelle  ». D’autant plus que les souffrances des Centrafricains ne datent pas de 2013 ! Ce peuple souffre depuis 1960 des turpitudes de ses six présidents successifs : David Dacko, Bokassa Ier, André Kolingba, Ange F. Patassé, François Bozizé, Michel Djotodia. Tous sont arrivés au pouvoir après un coup d’Etat. Et la main de la France, puissance colonisatrice a toujours été perçue ou annoncée derrière ces différents putschs.

La France a des intérêts en Centrafrique. Aujourd’hui, elle contrôle l’économie centrafricaine ou ce qui en tient lieu. Bolloré y a la main mise sur la logistique et le transport fluvial. Castel règne en maître dans le marché de la boisson et du sucre. CFAO y contrôle le commerce des voitures. Depuis 2007, France Telecom est entrée dans la danse. AREVA est présente en RCA même si, officiellement, le géant du nucléaire n’est encore qu’à la phase de l’exploration. Total y renforce son hégémonie dans le stockage et la commercialisation du pétrole, mais doit composer avec Tradex, une société camerounaise spécialisée dans le trading des produits pétroliers. Depuis l’arrivée de Michel Djotodia au pouvoir en mars 2013, un ballet d’hommes d’affaires et de lobbyistes français s’observe à Bangui. Jean-Christophe Mitterrand, Richard Attias, Claude Guéant, Laurent Foucher… s’illustrent par un activisme affairiste en Centrafrique, révèle régulièrement la presse. Et ce n’est pas nouveau.

Lorsque la France installe un nouveau chef à la tête de la Centrafrique, de nouveaux liens d’affaires naissent et se consolident en violation des lois et parfois de l’éthique. Au tournant de la décennie 70 par exemple, une scabreuse affaire, révélée par un journal français, Le Canard enchaîné a présenté aux yeux du monde le type de relations qui existe entre certains présidents français et ces nouveaux dictateurs qu’ils placent à la tête des néo-colonies.

En effet, lâché par la France à qui il avait abandonné l’exploitation de son pays sans se soucier des intérêts de la population, Bokassa Ier (il s’est fait introniser comme empereur pendant son mandat) avait révélé les plaquettes de diamant qu’il offrait en cadeau à son homologue français. Le 10 octobre 1979, l’hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné porta cette « Affaire » sur la place publique. La classe politique s’en était saisie. L’affaire porta un sérieux coup à la carrière politique du président. Eclaboussé, Giscard d’Estaing fut battu aux élections de 1981 par le « socialiste » François Mitterrand…Autant dire que ce n’est pas en Centrafrique que la France ira faire des leçons de morale !

A la recherche du paradis perdu

Derrière ses multiples « Opérations » guerrières, la France tente bon an mal an de reprendre ses positions économiques en Afrique. Le 4 décembre, alors que les troupes françaises prenaient la direction de Bangui, Pierre Moscovici présidait un forum économique franco-africain à Bercy. Le ministère français de l’Economie avait réuni 560 entrepreneurs français et africains, des ministres et des chefs d’Etat pour tenter de sauver la place de la France en Afrique. Séance tenante, Hubert Védrine, ancien ministre français des relations extérieures, a donné une sorte de bouée de sauvetage au ministre Moscovici à la recherche des quatre points cardinaux ! Il s’agit d’un rapport intitulé : Un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France. Dès le premier point, le Rapport Védrine propose de réviser « la politique française de visas économiques afin de faciliter la circulation des acteurs économiques entre la France et l’Afrique ». Ce qui est déjà une véritable révolution. Jusqu’ici, les entrepreneurs africains qui sollicitaient un visa pour la France étaient soumis aux mêmes conditions draconiennes qu’un adolescent désireux d’aller poursuivre ses études en Hexagone. Comme si un Africain capitaine d’industries prospères dans son pays représentait un risque migratoire pour l’Europe ! Les temps ont changé. Et pour « renforcer l’influence de la France en Afrique » (15ème proposition du Rapport Védrine), les autorités françaises font donc des concessions. Comment pouvait-il en être autrement ? « En dix ans, la France a perdu la moitié de ses parts de marché en Afrique subsaharienne », a reconnu Pierre Moscovici.

Face aux 26 chefs d’Etat qui ont pris part au Sommet de l’Elysée, le président français a multiplié les opérations de charme. Il a annoncé la mise en place d’un fonds d’investissement de 20 milliards. L’hôte des présidents africains a aussi pris l’engagement d’affecter un milliard d’euros à l’Agence française de développement (AFD) pour le soutien du Green business, de l’innovation et des nouvelles technologies en faveur de l’Afrique. En s’inscrivant dans la logique de son ministre des Finances qui a enfin avoué que « l’Afrique est une chance pour la France », M. Hollande veut ainsi reconquérir le cœur des Africains aujourd’hui plus attentifs vis-à-vis de Pékin et de New Delhi. Last but not least, le président français a annoncé la création d’une fondation franco-africaine au sein de laquelle les investisseurs privés français et africains joindront leurs ressources pour plus de valeur ajoutée. Il a fallu trois siècles pour que la France y songe !

La Chine, vraie menace pour l’Elysée

L’Empire du Milieu est inévitablement cité dans le Rapport Védrine comme le principal responsable du recul de la France dans les échanges avec l’Afrique. Ce qui est vrai. En République centrafricaine, la Chine a fait une entrée fracassante dans le secteur du pétrole. Au grand dam de Paris et de son relais néocolonialiste dans la sous région : Idriss Deby.

En effet, arrivé au pouvoir par coup d’Etat en 2003 avec l’aide manifeste de Paris et de N’Djamena, François Bozizé qui a eu le temps de se faire élire en 2005 n’a pas résisté aux propositions de la Chine qui multiplie les aides, accroît ses investissements sur le continent avec moins de conditionnalités. Ce qui tranche avec l’arrogance et le paternalisme des « partenaires traditionnels » de l’Afrique.

« J’ai été renversé à cause du pétrole »

Les résultats de ce rapprochement avec l’Empire du Milieu ne se sont pas fait attendre. En 2008, la Chine a accordé à la RCA des aides et un prêt pour un montant global de 3,25 milliards de francs CFA soit 4,4 millions d’euros. L’enveloppe a permis de construire des écoles et hôpitaux dans cet océan de précarité qu’est la Centrafrique. Quelques mois après, le président Bozizé s’est rendu en Asie où il a été reçu le 10 septembre 2009 au Palais du peuple par Hu Jintao, alors président de la République populaire de Chine. Ce qui ne saurait rassurer ni Paris, ni N’Djamena. D’autant plus que tout ne s’est pas limité à la poignée de main entre le président centrafricain et son homologue chinois.

Dans les faits, le rapprochement entre Bozizé et Hu Jintao a permis à la Compagnie chinoise CNPC de reprendre le permis de recherche, développement et exploitation du pétrole de Boromata, dans le Nord-est de la Centrafrique. Il n’est pas inutile de rappeler que pour ce gisement, Ange Félix Patassé, le prédécesseur de Bozizé, avait accordé un permis similaire au pétrolier étasunien Grynberg RSM. L’industriel de Denver, invoquant l’insécurité, n’a pas pu conduire les recherches et le permis a expiré en 2004. La cession du sésame aux Chinois pouvait-elle plaire à ceux qui ont permis à François Bozizé d’accéder au pouvoir ? Fraichement déchu de ses fonctions en mars 2013, le désormais ex-président Bozizé a affirmé sur les ondes de Radio France International (RFI) que « j’ai été renversé à cause du pétrole ». Sans plus de détails. Trois (27 décembre 2012) mois avant, le président François Bozizé avait prononcé un discours dans lequel il affirmait clairement que ce qui se cachait derrière la crise qui secouait alors son pays n’était rien d’autre que l’opposition française émise plus tôt contre l’octroi des contrats d’exploration de pétrole aux Chinois. « J’ai donné le pétrole aux Chinois et c’est devenu un problème », martelait Bozizé, acculé par les rebelles.

Les manœuvres de Washington

Le fait que le président Bozizé ait pris l’habitude de s’afficher avec les dirigeants chinois a aussi provoqué la colère de Washington. Et les câbles diplomatiques à ce sujet le démontrent à suffisance.

Le 17 juin 2009, l’ambassadeur étasunien Frederick Cook en RCA avait envoyé un câble à Washington dans lequel il affirmait que les «  relations France-RCA sérieusement sous tension. […] Bozizé semble croire avoir réussi à être le moindre mal dans le paysage politique de la RCA. Il s’imagine donc être indispensable pour ses voisins et les Français, une supposition que l’ambassade américaine (« AmEmbassy ») à Bangui croit être une erreur grossière », écrivait alors le diplomate étasunien.

Une autre dépêche envoyée cinq mois plus tard avait valeur d’alerte : «  L’influence chinoise grandissante en RCA est évidente ». Le câble précisait dans quelle mesure tant les intérêts américains que français étaient en train de céder du terrain à Beijing qui ne cessait d’« accroître sa coopération militaire, sa diplomatie publique et ses efforts de développement ». L’ambassadeur soulignait pour s’en inquiéter que contrairement au quatre agents diplomatiques résidant à l’ambassade américaine de Bangui, l’ambassade chinoise comptait une quarantaine d’employés. Frederick Cook ajoutait qu’environ 40 officiers de l’armée de la RCA étaient formés tous les ans en Chine, contre les deux ou trois officiers qui allaient aux Etats-Unis et les 10 à 15 en France. Et pour ne pas arranger les choses, Bozizé a confié la réserve pétrolière de Boromata aux Chinois, au détriment de la France et de son allié, les USA. Etant donné que ces deux puissances ont érigé le pétrole au rang des divinités, Bozizé se savait désormais sur un fauteuil éjectable. On l’a effectivement éjecté le 24 mars 2013.

La France fait semblant de combattre pour renforcer son influence en RCA

Rappelez-vous. Le jeudi 21 novembre 2013 lors de la remise du prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits au docteur congolais Denis Mukwege et à Femmes Africa Solidarité François Hollande avait indiqué qu’ « Il se produit en Centrafrique des actes abominables. Un chaos, des exactions extraordinairement graves ». Face à l’urgence et aux 400 000 personnes déplacées en Centrafrique, « nous devons agir », a ajouté le président français. Le même jour, cette fois là sur France 2, son ministre des Affaires étrangères a ajouté : « Le pays est au bord du génocide ». 48 heures avant, devant une commission du Congrès, le directeur du bureau Afrique du département d’État, Robert Jackson, avait évoqué « une situation pré-génocidaire  » en Centrafrique. On le voit, le scénario est le même. Le président Français annonce la crise. Un membre de son gouvernement saute aux antennes pour décrire la catastrophe à venir. Une voix « extérieure », de préférence étasunienne ou onusienne vient accréditer la thèse alarmiste en insistant sur la violation des droits de l’homme. L’opinion internationale soumise à un matraquage médiatique et donc psychologique intense salue l’envoi des troupes sur le terrain. Car, une résolution a bel et bien été prise par le Conseil de sécurité de l’ONU le 5 décembre 2013 pour autoriser les troupes françaises à agir en appui aux forces africaines de la Misca.

Ce dont la Séléka est le nom

En Centrafrique, les populations sont victimes, en partie des exactions des éléments de la Séléka (coalition en sango, langue nationale). Mais qui compose cette fameuse Séléka ? La Séléka est une coalition de factions rebelles dissidentes issues de plusieurs mouvements politico-militaires. On y retrouve la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP), l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC). Au plus fort de la contestation du pouvoir de M. Bozizé, deux autres groupes armés ont vu le jour ou ont dévoilé leur visage au grand jour et ont rejoint la Séléka. Il s’agit de la Convention patriotique du salut du kodro (kodro signifie pays, en sango), et de l’Alliance pour la renaissance et la refondation (A2R). Sans oubliés les hordes venues du Tchad et du Soudan.

Tous ces groupes composites ont donc fait une « alliance » de circonstance pour atteindre un objectif précis : renverser le président Bozizé. Mission accomplie en mars 2013. Or, il n’y avait qu’un seul fauteuil présidentiel à prendre et à pourvoir. Il a finalement été occupé par Michel Djotodia. L’ancien fonctionnaire du ministère du Plan qui a goûté à la prison sous Bozizé détenait le gros des troupes. Les hordes tchado-soudanaises obéissaient à son commandement. N’a-t-il pas été présenté par la presse sans démenti comme le meilleur interlocuteur de la France et du Tchad qui voulaient en découdre avec Bozizé l’ « insoumis » ? Aussitôt installé au Palais de Bangui, Michel Djotodia a pris un décret pour dissoudre la Séléka et annoncer le « recasement et le cantonnement ».

Ne se reconnaissant pas tous en lui, plusieurs éléments issus des autres groupes armés n’ont pas respecté les ordres d’un chef qui, dans tous les cas n’est pas le leur. Dans la Seléka, le « contingent » de loubards tchadiens et soudanais s’est lui aussi trouvé face à un dilemme. Ils ont été utilisés pour installer Djotodia au pouvoir. Celui-ci annonce le « recasement et cantonnement » et l’intégration dans les Forces armées centrafricaines (FACA). Or, n’étant pas Centrafricains, que vont-ils devenir ? Le nouveau président ne semble pas avoir pleinement satisfait ses alliés d’hier sur cette question. 

Les incompréhensions entre les différents groupes rebelles d’une part, et entre certains chefs et leurs éléments d’autre part, débouchent sur des atrocités généralisées dans le pays. Pillage, viol et assassinats en série deviennent l’activité quotidienne de ces hommes à qui on a enseigné la brutalité et la tuerie ! La chaîne de commandement étant brisée et plusieurs promesses mirobolantes n’ayant pas été tenues, personne ne contrôle plus rien. Le pays se retrouve dans la même situation d’ « ingouvernabilité » que la Libye envahie par les djihadistes, après l’assassinat du Guide Mouammar Kadhafi par les troupes de l’OTAN avec la France de Sarkozy et de Bernard Henri Levy en tête. La situation centrafricaine rappelle étrangement celle qui a prévalu à Abidjan après le renversement de Laurent Gbagbo par les rebelles pro-Ouattara soutenus par la France. En effet, après la chute de l’ancien chef d’Etat de Côte-d’Ivoire, les éléments des « Forces nouvelles » (rébellion dirigée alors par Guillaume Soro, actuel président de l’Assemblé nationale) ont été floués. L’argent et les autres avantages qui leur avaient été promis pendant le combat contre le régime de Gbagbo n’ont pas été livrés. Ouattara est devenu président de la République. En représailles, ces « Forces nouvelles » ont pillé la capitale ivoirienne. Non sans tuer et torturer certains commerçants innocents.

En Centrafrique, à la violence des éléments de la Séléka (essentiellement musulmans), les « Anti balaka » répondent aussi par la violence. Le deuxième groupe est constitué d’éléments essentiellement chrétiens et sont présentés comme les pro-Bozizé. Ce dernier était leader d’une église chrétienne. La presse occidentale s’appuie sur ce fait qui pour agiter mensongèrement le spectre d’un « conflit interreligieux » voire d’un « génocide » en Centrafrique.

Face à cette situation chaotique, l’agitation n’est-elle pas toujours fonction des intérêts à protéger ou à conquérir ? Toujours est-il qu’en Centrafrique, la France a très vite pris les devants dès que la situation sur le terrain est devenue incontrôlable. Alors que la Mission militaire africaine Misca, commandée par le général camerounais Tumenta avait déjà déployé 2500 soldats, la France a jugé nécessaire de convaincre le Conseil de sécurité de l’ONU d’adopter une résolution qui lui permet d’y envoyer ses troupes tricolores. En vérité, les troupes françaises ont précédé la Résolution 2127. Celle-ci a été adoptée le 5 décembre. Pourtant, les troupes avaient déjà quitté la France et étaient stationnées à Douala au Cameroun, voisin de la RCA.

Mais avait-on besoin de tant de militaires hyper équipés pour vaincre quelques loubards armés de machettes et d’armes résiduelles ? Les Forces armées centrafricaines ou ce qui en reste et la Misca sont-elles incapables de vaincre ces affamés ? Bien plus, nous sommes là dans une guerre asymétrique, avec un ennemi qui n’a pas d’uniforme identifiable à priori. Ne connaissant pas le terrain, ni la composition sociologique du pays (certains arrivent en Afrique pour la première fois d’après leurs déclarations à RFI), contre qui vont se battre les soldats tricolores ? La quinzième proposition du Rapport Védrine évoqué plus haut peut permettre de répondre à ces interrogations. Il est question de « Renforcer l’influence de la France en Afrique », y a conseillé l’ancien ministre des relations extérieures de François Mitterrand.

« L’Afrique est une chance pour la France », reconnaît le ministre des Finances français

Comme la plupart des pays occidentaux, la France est encore ravagée par les contrecoups de la crise qui a secoué l’économie mondiale à partir de 2007. Arrivée au pouvoir à cette période agitée, surpris par la percée des nouveaux acteurs comme la Chine, l’Inde, et le Brésil, Nicolas Sarkozy a renfilé le manteau colonial. Et au lieu de la « Rupture » annoncée par le candidat Nicolas, l’Afrique a eu droit à une « Continuité » accélérée par le président Sarkozy, ami zélé des hommes d’affaires de la trempe de Charles Pasqua, Vincent Bolloré… Le libéral Sarkozy a bombardé la Côte-d’Ivoire et la Libye. Mais rien n’y a fait. La France, au bout de ses cinq ans de mandat, n’a pas pu reprendre sa place de premier partenaire économique en Afrique francophone, malgré le sang versé !

Le « socialiste » François Hollande qui n’avait pas fait de l’Afrique une priorité pour son mandat semble avoir oublié toutes les autres parties du monde – la France comprise – pour se tourner vers l’Afrique. Comme le commandant d’un bateau atteint par les eaux, il multiplie ses visites en Afrique. Après les obsèques de Nelson Mandela auxquelles il prenait part le mardi 10 décembre, François Hollande s’est rendu sur le théâtre de guerre en Centrafrique pour galvaniser « ses » soldats qui ont déjà perdu deux frères d’arme après seulement une semaine d’action ! 

 

23.12.2013

Conférence du Professeur Jean-Paul Pougala (21/11/13 À Erlangen en Allemagne)

Filed under: Contributions - apports — kel @ 13:44

SEMAINE CULTURELLE DES CAMEROUNAIS DE ERLANGEN-NUREMBERG (Allemagne)

THEME : QUELLES FORMATIONS STRATÉGIQUEMENT PRIORITAIRES POUR L’AFRIQUE ?

Pendant 50 ans, l’Afrique a formé prioritairement des gens pour recevoir des ordres, qu’ils soient ingénieurs, médecins, juristes, pharmaciens ou enseignants. Pour l’avenir, il faut inverser la tendance et former prioritairement des personnes qui doivent donner des ordres, des personnes qui doivent créer, inventer : des patrons

22.12.2013

La France, l’Afrique et le franc CFA par Nicolas Agbohou (passé sur la Libre Antenne Méta Vox)

Filed under: FRANC-CFA — kel @ 18:52

Nicolas Agbohou Docteur en économie et professeur à la Sorbonne auteur de l’ouvrage le franc CFA et l’euro contre l’Afrique nous démontre comment et pourquoi le franc CFA est une monnaie nocive pour les pays qui l’utilisent.

Le système du franc CFA est directement hérité des mesures que la France a du subir d’un point de vue monétaire de la part de l’Allemagne pendant l’occupation.


La France est-elle en train de nazifier l... par metatvofficiel


La France est-elle en train de nazifier l... par metatvofficiel

Le franc CFA est un outil de domination colonial au service des intérêts de l’Empire français.

7.12.2013

Conférence du Professeur Jean-Paul Pougala du 21/11/13 à Erlangen (Allemagne)

Filed under: CONFERENCES — kel @ 12:48

Pendant 50 ans, l’Afrique a formé prioritairement des gens pour recevoir des ordres, qu’ils soient ingénieurs, médecins, juristes, pharmaciens ou enseignants. Pour l’avenir, il faut inverser la tendance et former prioritairement des personnes qui doivent donner des ordres, des personnes qui doivent créer, inventer : des patrons

21.11.2013

L’HUMANITE EST NEE EN AFRIQUE ET NON EN EGYPTE

Filed under: Contributions - apports — kel @ 11:59

La science nous dit que l’Afrique est le berceau de l’humanité, c’est à dire que les africains sont les géniteurs du monde. Les africains existent depuis 100.000 ans, les européens et les asiatiques sont partis d’Afrique il y a environ 20.000 ans. Et il y a des MISSIONNAIRES CATHOLIQUE au 19ème siècle après l’expédition de Napoléon en Egypte qui ont le « courage » de répondre à la science que tous les africains, sans exception, sont partis d’Egypte il y a 3000 ans. C’était pour nous retirer cette primauté de géniteurs du monde, y compris de nos propres prédateurs. Puisqu’à partir du moment où au lieu de revendiquer d’être nous à procréer le monde entier, nous en sommes réduits à revendiquer de venir d’Egypte, on réduit nos 100.000 ans d’histoire à 3000 ans d’une grande civilisation oui, mais décadente et disparue. En me basant purement et simplement sur la science, et la logique, je dis qu’il est 1000 fois plus cohérent de dire que les égyptiens antiques sont partis de l’ Afrique subsahalienne, exactement comme les Romains, les Aztèques etc. reste à déterminer quand et non l’inverse.

Il y a 2 jours, (dimanche 10/11/2013) à la chaine de télévision britannique chanel 4, des chercheurs anglais qui ont procédé à l’autopsie du cadavre de ToutanKhamon ont revélé qu’il serait mort d’un accident de char à l’âge de 19 ans en 1324.

Mon frère africain, Egyptologue ou historien, comment peux-tu demander à 1 milliards d’africain de tout baser son authenticité sur une histoire en mouvement continuelle dont les épisodes nous sont racontées tous les 6 mois par nos propres prédateurs ?

Mon frère africain, Egyptologue, pour faire cette autopsie, tu n’étais pas là. Je n’étais pas là. Toi et moi avons juste entendu dimanche à la télévision, les conclusions vraies ou fausses de ce que nos prédateurs avaient à nous annoncer. Comment peux-tu prétendre de moi demain, qu’avant de critiquer ce choix de tout miser sur l’Egypte je dois au préalable lire tous les tonnes de livres que tu vas déverser dans les librairies, dès demain, pour extrapoler et dire qui était dans le char avec Toutankhamon ou quelle nourriture il avait mangé avant de mourir ? Ne t’es-tu jamais posé la question de savoir si c’était intelligent pour tout un continent de baser l’espoir de sa renaissance sur une histoire que les autres ont construite à notre place en nous interdisant systématiquement de faire partie de leurs équipes de chercheurs, un feuilleton qui, chaque semestre est enrichi de nouveaux rebondissements tel au cinéma et tout cela sans qu’il y ait un seul africain dans l’équipe de rédaction du scénario ?

Non l’Afrique ne vient pas d’Egypte comme l’ont prétendu les prêtres catholiques au 19ème siècle après l’expédition de Napoléon en Egypte. C’est l’Egypte antique qui vient d’Afrique subsahalienne, exactement comme les autres humains du monde entier. Et si je dois m’approprier les us et coutumes que les chercheurs occidentaux me racontent provenir d’Egypte, je dois aussi m’approprier de ce qui m’arrivent de Colombie de l’Etrurie (Estrusques) ou d’Indonnésie, au même titre.

Si un africain a honte de lier ses origines à nos Pygmées, population la plus antique de la forêt équatoriale africaine ou de nos « Boshiman » en Namibie, et à besoin d’un peuple plus prestigieux, il est libre de le faire, mais sans prétendre que je le suive. Si un africain a honte de nos traditions millénaires Fang ou Bantous, et sent le besoin d’en créer de nouvelles attribuées à des peuples plus glorieux, qu’il nous laisse la liberté de continuer à soutenir et encourager de toutes nos forces, dans nos villages en Afrique, les défenseurs de nos traditions, de notre propre spiritualité, fiers de ce que nous sommes, sans nullement avoir besoin d’aller en emprunter de nouvelles à tous ceux qui dérivent de nous, notamment en Egypte, en Mésopotamie, en Colombie ou en Indonésie. Parce que nous avons un avantage sur tous les autres peuples : c’est nous leurs géniteurs, à eux tous sans aucune exception et non l’inverse.

Jean-Paul Pougala 12/11/2013

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LISEZ CES 2 TEXTES CI-DESSOUS ET REGARDEZ LA VIDEO QUI VA AVEC LE PREMIER TEXTE :

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 » Un suprémaciste blanc apprend en direct qu’il a du sang africain dans les veines

En acceptant de se soumettre à un test ADN, l’Américain Craig Cobb ne s’attendait sûrement pas à ce résultat. Ce suprémaciste blanc, connu pour vouloir créer une enclave 100% blanche aux Etats-Unis, a appris sur le plateau d’une émission de télévision britannique qu’il avait du sang africain dans les veines, rapporte le Daily Mail (en anglais) lundi 11 novembre.

« Craig Cobb a subi un test ADN pour déterminer qui sont ces ancêtres : 86% étaient européens et 14% venaient d’Afrique subsaharienne », annonce fièrement la présentatrice, Trisha Goddard, elle-même noire. « Tu as un peu de noir en toi mon chéri », plaisante-t-elle ensuite.

L’homme, visiblement choqué, tente de reprendre la main en qualifiant ce résultat de « bruit statistique ». « L’huile et l’eau ne se mélangent pas », martèle-t-il. Interrogé après coup par le Daily Mail, il réplique : « Si j’ai vraiment un peu de nègre en moi, je n’en veux pas davantage.  »

Source

http://www.francetvinfo.fr/monde/ameriques/video-un-supremaciste-blanc-apprend-en-direct-qu-il-a-du-sang-africain-dans-les-veines_456450.html

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Egypte: Toutankhamon serait mort dans un accident de char

Des scientifiques britanniques pensent avoir percé le mystère de la mort du pharaon Toutankhamon. Selon un documentaire diffusé dimanche sur la chaîne britannique Channel 4, il aurait succombé à un accident de char.

Les chercheurs, conduits par l’égyptologue britannique Chris Naunton, ont constaté que l' »enfant pharaon » souffrait de « blessures caractéristiques sur un côté de son corps ». Les experts ont effectué une « autopsie virtuelle de Toutankhamon » à partir de radiographies de la dépouille.

Ils ont conclu, à partir de reconstructions informatiques, que « le seul événement le plus plausible ayant pu causer ces blessures » serait un accident de char. Une hypothèse qui avait déjà été évoquée par des égyptologues auparavant.

Fragment de peau analysé
Les scientifiques ont par ailleurs analysé un fragment de peau de l' »enfant pharaon ». Les tests chimiques réalisés « ont confirmé que la momie s’était effectivement consumée une fois dans son sarcophage ».

Ce morceau de chair avait été obtenu, en 1968, par un anthropologue de l’université britannique de Liverpool, Robert Connolly. Ce dernier était membre de l’équipe qui a radiographié pour la première fois la dépouille de Toutankhamon.

Des spécialistes ont démontré qu’une « incroyable réaction chimique des huiles d’embaumement utilisées pour la momie de Toutankhamon avait conduit à sa combustion spontanée, apportant ainsi de nouvelles preuves que son embaumement avait été bâclé », selon le documentaire.

Trésor impressionnant
Toutankhamon est mort à l’âge de 19 ans, en 1324 avant notre ère après un règne bref de neuf ans. Il est connu du grand public pour le trésor exceptionnel retrouvé dans son caveau funéraire, dont un masque mortuaire en or massif de 11 kg, incrusté de lapis-lazulis et de pierres semi-précieuses.

Plusieurs théories s’affrontent sur l’origine de sa mort, des chercheurs ayant avancé la possibilité qu’il soit mort du paludisme, de la drépanocytose (une maladie génétique du sang), ou encore de la maladie de Köhler, qui limite l’afflux sanguin vers les os.

Source :
http://www.romandie.com/news/n/Egypte_Toutankhamon_serait_mort_dans_un_accident_de_char56091120131613.asp?

17.11.2013

Prochainement : O. Enogo s’intéresse au Franc CFA dans African Chronicles

Filed under: FRANC-CFA — kel @ 13:17

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A retrouver sur :

http://www.voxafrica.com/vod/videos/?v=0_vvnowgfk

18.9.2013

Les véritables buts de l’attaque contre la Syrie (Nazanin Armanian)

Filed under: Contributions - apports — kel @ 11:25

 

http://www.michelcollon.info/Les-veritables-buts-de-l-attaque.html
Les dirigeants de ces mêmes pays qui ont tué des centaines de milliers d’innocents avec des bombes de napalm, du phosphore blanc, des projectiles d’uranium appauvri et des substances chimiques inconnues qui sont la cause du syndrome de la guerre du Golfe, pleurent aujourd’hui la mort de 350 Syriens, apparemment victimes d’armes chimiques. Comme si la mort de 100.000 personnes par armes conventionnelles et la fuite de 5 millions d’habitants de leur foyer n’étaient pas des raisons suffisantes pour s’émouvoir.Guerre sous faux drapeau ? Est-il possible que les rebelles aient utilisé ces substances chimiques contre leurs propres concitoyens et aient rejeté la faute sur Damas ?

 

« Ô honte ! où est ta rougeur ? » (Hamlet, acte III)

« Ô honte ! où est ta rougeur ? » (Hamlet, acte III)

Le régime de Barack Obama, avant toute enquête sérieuse, a accusé le gouvernement de Bachar el-Assad, alors que les insurgés eux-mêmes ont reconnu leur crime à la journaliste d’Associated Press, Dale Gavlak : ils disent avoir reçu ces substances d’Arabie Saoudite, et que c’était un « accident » dû à une mauvaise manipulation.Le gouvernement iranien a révélé avoir prévenu Washington il y a neuf mois du fait que les insurgés s’étaient procuré ces armes.
D’autre part, Carla del Ponte, membre de la commission d’enquête de l’ONU sur l’usage d’armes chimiques en Syrie, a déclaré le 6 mai que les rebelles avaient utilisé du gaz sarin lors du conflit. En décembre, des opposants syriens avaient été arrêtés en Turquie en possession de deux kilos de gaz sarin. On peut se demander comment ils se les étaient procurés !

Et pourtant l’ONU n’a rien fait, et les États-Unis et leurs alliés, au lieu de se désolidariser de ces criminels, ont augmenté les aides économiques et militaires qu’ils leur octroyaient depuis 2011 (Lire : La OTAN, a las puertas de Siria).
Obama avait prononcé le verdict avant d’obtenir les preuves. La décision, déjà prise, n’exigeait que de plates excuses.

La preuve d’un « casus belli »

Une vidéo floue diffusée par les opposants, pour laquelle la « chaîne de possession » n’a même pas été contrôlée. Il est surprenant de découvrir des enfants morts gisant sur le sol, sans leurs mères, et l’absence de funérailles publiques – si importantes dans la culture musulmane. En outre, malgré tous les téléphones portables disposant d’une caméra, les images de ce qui est présenté comme une boucherie sont peu nombreuses, en comparaison avec la quantité de photos et d’enregistrements qui existent sur le massacre des Kurdes à Halabja il y a 30 ans, sous la dictature de Saddam Hussein.

Voilà 10 ans maintenant que Colin Powell, muni de photos et de graphiques, intervint au conseil de sécurité de l’ONU et tenait (sans gants !) un flacon rempli d’une poudre blanche en jurant qu’il s’agissait d’anthrax envoyé par le raïs irakien. Nicholas Kristof du The New York Times écrivit que « le FBI sait depuis trois mois que l’auteur des attaques à l’anthrax est un Nord-Américain. » Bush et lui lanceront de fausses accusations au président irakien. Ils l’accuseront d’être impliqué dans les attentats du 11 septembre, de collaborer avec Al-Qaïda, d’acheter de l’uranium au Niger, de tuer des bébés koweïtiens dans leurs couveuses, etc.Aujourd’hui, leurs héritiers, John Kerry et Obama, apportent des preuves « indéniables » au fait que les armes de destruction massive ont été envoyées par Assad. Pourquoi ne pas établir un cessez-le-feu et procéder à une enquête exhaustive ?

Jean Daniel, éditeur de la revue Le Nouvel Observateur, se souvient que le 31 août 1995, le premier ministre français Édouard Balladur lui avoua que l’attentat perpétré sur la place de Markale à Sarajevo qui fit une centaine de victimes était l’œuvre des musulmans bosniaques et non celle des serbes. Ils voulaient par ce moyen-là forcer l’intervention de l’OTAN, juste quand Milosevic avait accepté la quasi-totalité des exigences occidentales, mettant dans l’embarras Bill Clinton qui projetait de détruire le dernier état socialiste d’Europe (Lire : Yugoslavia : ensayo de la “guerrahumanitaria”).

Le temps n’est pas aux élections, et un Obama déjà vaincu a recours à la guerre préventive, illégale et contraire à la Charte des Nations Unies pour qu’on cesse de le traiter de « faible et isolationniste ».

Cui bono ?

Assad ne semble pas assez suicidaire ni assez stupide pour franchir « la ligne rouge » en tuant des centaines de personnes, provoquant ainsi une guerre avec les États-Unis au moment où il bénéficie d’un solide avantage sur les rebelles.L’attaque des États-Unis radicalisera les courants modérés de son gouvernement qui n’ont jusqu’à présent même pas répondu aux quatre bombardements d’Israël sur leur territoire (ces six derniers mois). Cela ne dissuadera pas non plus une future utilisation de telles armes dans les deux camps. Pire encore : maintenant que le chef de la Maison-Blanche affirme ne pas avoir l’intention de renverser Assad, les insurgés peuvent recommencer à utiliser ces armes pour montrer le besoin d’en finir avec le président dans une guerre dévastatrice.

Garder Assad au pouvoir fait partie de la même stratégie du « chaos contrôlé » utilisée par Bush contre Saddam Hussein. Ils en ont fait la bête noire de 1991 à 2003 : ils ont militarisé le Golfe Persique tout en faisant d’un État vertébré une déliquescence et continueront à occuper l’espace post-soviétique sous prétexte d’une « lutte contre le terrorisme ».

Des dizaines de milliers de mercenaires (vauriens et gangsters vétérans) recrutés par le cheikh Bandar, le prince saoudien, attendent à l’intérieur comme à l’extérieur du pays qu’Obama appuie sur la gâchette pour provoquer un bain de sang. En Jordanie, 25.000 individus ont été enrôlés par le cheikh dans l’organisation « les adeptes de l’Islam ».

On se demande encore comment une attaque militaire peut réduire le risque d’utilisation de telles armes. Les missiles de croisière et les bombes de tous types sont-ils plus acceptables que les armes chimiques ? Au moins pour ces dernières il existe des masques à gaz et des abris, ce qui n’est pas le cas pour les bombes bunker buster (utilisées en Afghanistan), qui pénètrent jusqu’au cœur de la terre.

Les 12 buts réels de l’attaque

Derrière l’opération de punition d’Assad se cachent d’autres objectifs :

1.Dominer l’Eurasie. Avec plus ou moins de réussite, les États-Unis ont tenté, en allant faire la guerre en Irak, en Afghanistan, en Yougoslavie et en Libye, de contrôler le Proche-Orient, l’Asie centrale, l’Europe centrale et le nord de l’Afrique. Maintenant, suivant les conseils du stratège britannique Sir Mackinder concernant l’importance de cette région – que l’on appelle Heartland, ou Cœur du Monde – ils essaient de contenir la progression de la Chine et de la Russie. La Syrie est le pays qui fait le lien entre les deux continents.

2.Contrôler la totalité du Moyen Orient. C’était également un des motifs pour renverser Kadhafi.

3.Empêcher la construction du méga gazoduc Iran-Irak-Syrie (appelé « gazoduc chiite »), soutenu par l’Iran et la Russie et qui devrait exporter du gaz vers l’Europe, à la suite de l’échec de l’autre projet (Lire : « Nabucco : Europa Esclava »). Ce gazoduc est néfaste pour la Turquie, qui cesserait d’être le pays de transit de l’hydrocarbure et pour l’Arabie saoudite, qui a investi dans le gazoduc arabe, traversant l’Égypte, la Jordanie, la Syrie, le Liban et Israël. Il est tellement crucial pour Riyad de s’emparer de la Syrie que, selon le journal libanais As-Safir, le prince Bandar Ben Sultan aurait fait comprendre à Vladimir Poutine lors de leur récente rencontre que si celui-ci retirait son soutien à Bachar el-Assad, il lui garantirait la sécurité des Jeux olympiques d’hiver 2014 organisés à Sotchi (en Russie) en calmant les Tchétchènes. Que ce soit en russe ou en arabe, cela ressemble à du chantage ! De plus, les cheikhs sont inquiets du rapprochement entre les deux géants du pétrole que sont la Russie et le Venezuela. La première est le plus grand producteur et exportateur de la planète, le second possède les plus importantes réserves prouvées au monde. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), qui inonde le marché de pétrole, bon marché qui plus est, voit son pouvoir menacé. Il ne faut pas sous-estimer l’Arabie saoudite : les principales institutions financières dépendent de ses pétrodollars.

4.Humilier la Russie dans sa zone d’influence et montrer au monde son incapacité à agir sur les événements internationaux dans ce qui est le premier affrontement entre les deux puissances depuis la guerre froide. Sergueï Lavrov a déjà dit que son pays n’irait pas se battre avec les États-Unis en Syrie, bien que les entreprises russes aient investi une vingtaine de milliards dans ce pays et près de 100.000 Russes vivent là-bas. Accueillir Snowden est une chose, entrer en guerre en est une autre. Après avoir perdu la Syrie, Moscou tentera de récupérer son influence ailleurs. En Iran par exemple.

5.Détruire l’armée syrienne en raison de ses relations avec la Russie. Les États-Unis ont déjà agi de cette manière avec les forces armées d’Irak et de Libye. Ils réduisent ainsi l’influence militaire slave sur la planète.

6.Triompher sur le terrain de la guerre et contrôler militairement le monde pour compenser l’échec dans le domaine économique. Aux grandes crises économiques, les grandes guerres. Le capitalisme vendra plus d’armes, conquerra de nouveaux marchés et donnera la chance aux entreprises de construction un peu habiles de reconstruire ce qui a été détruit.C’est un nouvel assaut pour conquérir les travailleurs du monde entier qui paieront de leur vie ou avec leurs impôts l’aventure de quatre cow-boys. La hausse du prix du pétrole, qui aura des répercussions sur tous les produits, nuira également à l’économie chinoise.

7.Contourner une fois de plus l’ONU et faire baisser ce qui reste des systèmes judiciaires qui font office de frein aux intentions belliqueuses.

8.Traquer l’Iran. L’Agence internationale de l’énergie atomique a récemment rapporté que 1.000 nouvelles centrifugeuses avaient été installées dans les usines nucléaires de ce pays. La Chine et la Russie pensent que le but de l’agression de la Syrie est l’Iran. Téhéran, très prudent, soupèse les événements et détache son sort de celui de son allié.Il l’aidera via le Hezbollah et le Jihad islamique. Sa ligne rouge est l’occupation de la Syrie. À la plus grande joie de Tel-Aviv et de Riyad, cette attaque complique les rencontres entamées avec les États-Unis.

9.Donner l’impression de garder le statut de puissance hégémonique mondiale par un « système de Ponzi », système qui tire son nom d’un escroc italien qui a su amasser d’énormes sommes d’argent et, sans rien faire, payer des intérêts aux investisseurs avec leur propre argent ou celui de nouvelles victimes. Son escroquerie a pu persister quelques années grâce au nombre de victimes crédules qui ne cessait d’augmenter.Madeleine Albright disait que l’existence même de la plus grande machine militaire de l’histoire humaine exigeait qu’on l’utilise. Une mission devenue objectif alors qu’en réalité, les États-Unis n’ont aucun intérêt majeur dans ce conflit. Mais que personne ne sous-estime le rôle de la bêtise dans l’Histoire.

10.Faire pencher la balance des forces du conflit syrien en faveur des rebelles et obtenir ainsi des avantages à la table des négociations. Par ailleurs, et comme une guerre dans une autre guerre, les wahhabites saoudiens se séparent des Frères musulmans (soutenue par la Turquie et le Qatar) ainsi que des membres d’Al-Qaïdadu Jabhat al-Nosra. Ce qui divise encore un peu plus l’opposition et fragilise l’alliance entre les États-Unis et le Qatar, un des sièges du Pentagone.

11.La France, après le succès de la reconquête libyenne, rêve de rétablir sa domination sur une autre de ses anciennes colonies.

12.Israël affaiblit l’allié de l’Iran, du Hamas et du Hezbollah, et, pendant ce temps, il garde les ressources d’eau syriennes du plateau du Golan et tente de prendre la partie syrienne du champ de gaz découvert dans la Méditerranée. (Lire : El “factor gas” en la crisis siria)
Pour le premier défi de son second mandat, Obama terrorise le monde dans l’intérêt de l’Arabie Saoudite et d’Israël !
Aucun de ces objectifs n’a quelque chose à voir avec les droits de l’Homme en Syrie.

Les 8 conséquences

L’agression militaire des États-Unis et de leurs alliés…

1.Provoquera les représailles de la Syrie contre Israël, la Jordanie, la Turquie et les troupes de l’OTAN en Irak et au Liban. La Syrie n’est pas le petit Kosovo. De plus il y a là-bas des armes chimiques, des terroristes cannibales, les germes d’un conflit sectaire sanglant et… un Poutine qui n’a rien d’un Eltsine.

2.Affaiblira les propres alliés de Washington, tels que la Jordanie et la Turquie.

3.Modifiera l’équilibre des forces en Syrie sans résoudre le conflit. Cela accentuera les tensions religieuses et ethniques du pays, et ce même après Assad.

4.Renforcera le salafisme et le wahhabisme dans le monde entier, au détriment des forces progressistes.

5.Endommagera les relations de l’Occident avec la Russie et la Chine, et modifiera le climat politique international.

6.Permettra à la Russie d’augmenter les coûts de cette agression en coupant l’approvisionnement des troupes de l’OTAN en Afghanistan par le réseau de distribution du Nord (Russie-Kazakhstan-Afghanistan), ce que fait le Pakistan pour la route du Sud. Ou d’ignorer les sanctions imposées à l’Iran et de resserrer les liens avec ce dernier. Hassan Rohani se réunira le mois prochain avec Poutine et le président chinois, Xi Jinping, au Kirghizistan.

7.Poussera les pays de la région à une course à l’armement effrénée.

8.Établira un autre précédent sur la façon de contourner la souveraineté nationale des petits pays étant des puissances armées jusqu’aux dents.

Dans le climat néo-impérial actuel, les prétentions des États-Unis sont les rêves d’un fou réalisés par un ivrogne.

Titre original : « Agresión a Siria : el fraude, los 12 objetivos y las 8 consecuencias »
Traduction : Collectif Investig’Action
Source : Nazanin.es

16.9.2013

Documentaire sur l’extermination des Noirs par des Armes bactériologiques en marche, mise en oeuvre depuis l’Apparteid en Afrique du Sud

Filed under: Contributions - apports,Résistance africaine — kel @ 11:07

10.9.2013

Mali, le ravage des politiques néolibérales

Filed under: Contributions - apports — kel @ 15:27

 

Envoyée spéciale. Aminata Traoré est ancienne ministre de la Culture et animatrice du Forum pour un autre Mali. Elle plaide pour des alternatives qui doivent investir le terrain économique.

Comment analysez-vous le profond désir de changement
qui s’est exprimé lors de cette élection présidentielle ?

Aminata Traoré. Cet espoir de changement est à la mesure du choc ressenti 
par les Maliens et du sentiment d’humiliation face à l’occupation 
du nord, alors même que Kidal 
n’est toujours pas libéré. Mais il exprime aussi, on ne le dit pas suffisamment, le désarroi face à l’aggravation de la situation économique. Le cataclysme 
que nous avons vécu s’est inscrit 
dans un environnement marqué, 
fin 2011, début 2012, par des marches populaires contre la vie chère, 
la corruption, la spéculation foncière. Ces problèmes étaient sur la table. 
Ils ont été balayés d’un revers de main. Face au risque de voir le pays amputé des deux tiers de son territoire et par réflexe patriotique, les Maliens ont cru devoir mettre leurs revendications 
en sourdine. Il fallait à leurs yeux aller à l’essentiel, faire cesser les atrocités infligées à nos frères des trois régions du nord.

Comment expliquez-vous la cristallisation qui s’est produite autour de la candidature d’Ibrahim Boubacar Keïta ?

Aminata Traoré. Cela s’apparente 
à un plébiscite. Pour que cela soit intelligible à l’opinion publique occidentale, elle doit considérer que nous sommes dans le même bateau. Soumaïla Cissé, c’est pour nous 
le symbole, l’incarnation de la finance. Il en a été le ministre, il a dirigé l’Union économique et monétaire ouest-africaine, qui n’est rien d’autre qu’un instrument du système. L’étalage 
de moyens financiers colossaux, durant sa campagne, a cruellement contrasté avec le chômage massif et l’extrême pauvreté. Il est apparu comme 
le représentant du monde de l’argent.

Vous avez regretté, à la veille du premier tour, l’absence d’authentique 
débat politique…

Aminata Traoré. Si l’on avait donné aux Maliens la possibilité de mieux comprendre la mondialisation, 
ses crises et ses guerres, ils auraient 
été les premiers à exprimer 
un désir de changement sur le terrain économique. Nous voulons la liberté de choisir celui qui nous dirige, mais surtout la liberté de choisir un autre système économique que celui 
qui engendre le pillage, le bradage 
et la dévastation. Le Mali qui s’est écroulé, c’est le Mali bon élève 
du FMI, de la Banque mondiale 
et de l’Union européenne, avec leurs injonctions qui ont fait de l’État une coquille vide. Les ravages des politiques néolibérales sont les mêmes de Kayes à Kidal. Comment aller vers la réconciliation si nous continuons de cacher ces questions sous le sable ? Nous nous serions passés de « Serval » et de la militarisation si le système économique était au service du peuple malien. Il ne s’agit pas, désormais, de croiser les bras en attendant que ce changement vienne. Il faudra poser nos exigences, avec une force d’intervention, de proposition 
et d’anticipation. Cette force reste 
à construire.

 

http://www.humanite.fr/monde/mali-le-ravage-des-politiques-neoliberales-547239

 

Guerre humanitaire au Mali : aucune victime ?

Filed under: Contributions - apports — kel @ 15:23

Au cours des longues heures passées à fouiller l’hémérothèque online, jamais je n’avais vu d’intervention militaire aussi réussie que celle de la France au Mali. D’après les sources consultées, celle-ci n’a fait aucune victime civile ou innocente, tout en permettant de neutraliser des centaines de terroristes. Voyons ce qu’il en est de la seule victime que j’ai pu attester : la vérité.

 

Pour prendre la mesure de cette guerre ouverte dans le nord de l’Afrique, j’ai tenté de faire le décompte des victimes innocentes sur la base des informations publiées par les médias nationaux maliens. J’ai découvert que près de 99% d’entre elles proviennent de médias français, notamment l’Agence France-Presse (AFP) et Radio France internationale (RFI).

 

À en croire ces sources, seuls sont morts des soldats des troupes alliées et islamistes, djihadistes ou terroristes. Les rares civils mentionnés ont été abattus par les terroristes. On ne peut que s’étonner puisque depuis le 11 janvier dernier, lorsque la France « a répondu à l’appel au secours lancé par le Malí », sa stratégie a consisté en un bombardement intensif.

 

Un exemple. Le 15 janvier, il est dit que 5 djihadistes ont péri dans les bombardements nocturnes intensifs de Dialbaly par l’aviation française. La veille, l’information selon laquelle les islamistes avaient attaqué ou pris le contrôle de cette localité avait fait le tour du monde, mais sans aucun chiffre quant aux victimes civiles tuées par les terroristes. Aucun chiffre non plus concernant la population de ce lieu apparemment peu peuplé, ni aucune image. L’AFP explique que les terroristes s’étaient cachés parmi la population, qu’ils avaient prise en otage. Dans ce cas, le bilan officiel de cinq terroristes et aucun civil articulé après les bombardements n’est guère crédible. Selon le témoignage d’un voisin habitant une ville située à 20 kilomètres, des islamistes qui fuyaient les bombardements dans un véhicule tout terrain ont eu un accident qui a coûté la vie à certains d’entre eux. Cinq ? Et les bombardements n’ont pas tué une seule personne ?

 

Le 18 janvier, l’agence de presse chinoise Xinua, à laquelle se réfère également le site Malijet, cite un haut responsable malien. D’après les estimations de celui-ci, les troupes alliées (maliennes et françaises) auraient tué « de nombreux » terroristes qui fuyaient Konna. Qui battaient en retraite ? En leur tirant dans le dos ? Ils n’ont pas fait de prisonniers ? Ne faudrait-il pas enquêter sur ce type d’actions ?

 

Le bilan du ministre de la Défense, fourni le 5 février, est celui qui répond le mieux à ces doutes. Il fait état de plusieurs centaines de djihadistes tombés sous les bombes dans les régions de Konna et Gao. À un journaliste qui lui a demandé s’il y avait des prisonniers, le ministre a répondu par un laconique « quelques-uns ». Avant d’avoir lu la moitié du texte, on ignore s’il s’agit du ministre malien ou du ministre français, mais on découvre qu’il s’agit bel et bien du Français Jean-Yves Le Drian. Quant à l’information, elle provient de l’AFP.

 

Le 9 février, deux soldats maliens viennent s’ajouter à la liste, bien qu’ils n’aient pas perdu la vie au combat, mais dans l’un des nombreux affrontements internes entre bérets rouges (partisans d’Amadou Toumani Touré, le président démis destitué en 2012) et bérets verts (partisans du capitaine putschiste Amadou Sanogo).

 

Le 19 février, plus de 20 islamistes sont morts au cours de l’un des combats les plus durs, dans les montagnes d’Adrar des Ifoghas, après l’opération Panthère, menée par des soldats maliens et français. Un parachutiste français est également décédé – soit le deuxième au Mali, un premier ayant péri dans un accident d’hélicoptère. Selon des informations postérieures, également fournies par l’AFP, ces combats n’auraient finalement coûté la vie qu’à 15 djihadistes, qui ont été « neutralisés ».

 

Le 3 mars, Europe 1, qui cite l’AFP et qui sera relayée par Malijet, annonce la mort d’au moins 50 islamistes, à 60 kilomètres au nord de Gao. Aucune victime parmi les alliés.

 

Le 27 mars, le porte-parole du ministère de la Défense malien, le lieutenant-colonel Souleeymane Maïga, trans-met à l’AFP un bilan général de 63 soldats maliens, 2 Togolais, 1 Burkinabé, 36 Tchadiens et 600 combattants, islamistes probablement. Pour expliquer ce chiffre arrondi – ce qui se fait souvent –, il avance que généralement, les islamistes emportent leurs morts pour les enterrer, comme pour souligner une particularité sordide des ces protagonistes.

 

On peut trouver une autre explication à cette approximation. Le 19 février, l’AFP informe, via Malíjet, que les habitants de Gao ont lynché un leader islamiste, lequel avait tué le journaliste Kader Touré, « qu’il accusait de travailler pour l’ennemi » (RFI). Le supposé lynché est en réalité Alioune Touré, chef de la « police » islamique de Gao. Mais n’allons pas trop vite en besogne et n’ajoutons pas son nom à la liste des défunts, car RFI a ensuite annoncé que Kader était vivant. Le 10 mai, Alioune Touré lui-même revendique un double attentat suicide au nord du pays, dans les villes de Ménaka et Gossi, selon RFI. Cinq personnes ont péri : quatre à Gossi et une à Ménaka, toutes des kamikazes. Apparemment, au Mali, les auteurs d’attentats suicides n’interviennent pas seuls. Ils vont par deux, par trois, voire par quatre, comme à Gossi, où l’explosion n’a pourtant fait aucune victime.

 

 

Autre terroriste revenu à la vie, le fameux Mokhtar Belmokhtar, à qui l’on impute la responsabilité des attentats avec prise d’otages à In Amenas, en Algérie, puis au Mali, où des militaires tchadiens ont assuré à la presse internationale qu’ils l’avaient tué. Une photographie du cadavre a été publiée dans le monde entier – les droits revenant à RFI, bien entendu. Or, le 24 mai, le mort-vivant, comme certains l’appellent au Mali, commet un attentat suicide… au Niger !

 

Difficile de croire qu’il n’y a pas eu d’autres victimes civiles hormis les 23 personnes tuées par les rebelles touaregs du MNLA (20 dans le village de Bougoumi, dans la région de Mopti, le 20 mars et 3 à Kidal, le 24 avril) et celles dont on ignore encore le nombre, qui ont perdu la vie dans les exactions commises par les soldats maliens lors de leur percée au nord, en répression contre les islamistes. D’autres que moi ont une connaissance plus approfondie et plus directe de l’histoire et de la culture du Mali. L’analyse que je mène repose sur mon expérience et sur le terrain qui m’est familier : les médias et l’information. La première chose que je mets en doute est que l’entrée de la France au Mali, le 11 janvier, ait été une réaction rapide à l’appel au secours lancé par le président Dioncounda Traoré – dont les Maliens disent que la seule et unique décision qu’il ait jamais prise était de porter une écharpe blanche et dont le régime est qualifié de système d' »ATT sans ATT ». Pour accorder un certain crédit à cette version officielle, il faudrait considérer comme le fruit d’un heureux hasard le fait qu’étaient déjà positionnés au Mali des troupes françaises du premier régiment d’infanterie de la marine, un régiment de parachutistes, des hélicoptères d’opérations spéciales, trois Mirage 2000D, deux Mirage F-1, trois C135, un Hercules C130 et un Transall C160, comme l’a révélé en janvier le journaliste français Thierry Meyssan.

 

La France n’est intervenue que pour assurer ses intérêts économiques au Mali et dans la région. Personne n’en doute plus, pas même les Maliens, qui ont accueilli les soldats français lors de leur « entrée triomphale, en agitant des drapeaux français et en criant Merci la France ! » (AFP, 16 janvier). Désormais, leurs doutes portent sur les « véritables intentions de la France » et ils s’irritent de la voir faire des concessions aux Touaregs du MNLA, qui ont gardé le contrôle de Kidal, protégés par l’Hexagone bien que les Maliens ne veulent pas envisager de leur laisser une seule région. Le conflit a tourné à la guerre de guérilla et aucune issue ne se profile. Officiellement, la région a pratiquement été libérée et la France considère qu’elle pourrait se retirer, si ce n’est que selon elle, personne au Mali n’est capable de diriger le pays. « À qui allons-nous remettre les clefs ? », s’est lamenté Pierre Lellouche à l’Assemblée nationale française, le 22 avril.

 

N’oublions pas le rôle des États-Unis. Dans les années 60 déjà, il était question, dans certains documents du gouvernement américain aujourd’hui déclassés, de faire pression sur les pays (« amis ») européens pour les inciter à intervenir en Afrique dans la lutte pour le contrôle des matières premières, tout donnant à voir à l’opinion publique une attitude « d’observateurs préoccupés ». Aujourd’hui, les États-Unis sont à nouveau bluffant dans ce rôle, mais il est désormais de notoriété publique – bien que le fait ne soit pas très médiatisé – que l’aide militaire apportée en Afrique est colossale et que sans elle, même la France n’aurait pas pu mener les guerres en Côte d’Ivoire, en Lybie et au Mali. Par exemple, quand l’OTAN s’est embourbée dans des combats contre les forces de Kadhafi en Lybie, un sous-marin américain « en observation » en Méditerranée l’USS Florida, a lancé 100 missiles de croisière contre les forces de défense aériennes de Kadhafi en une seule nuit, ouvrant ainsi un corridor par lequel la France et d’autres pays européens de l’OTAN allaient pouvoir passer pour poursuivre leur conquête de la Libye.

 

N’oublions pas non plus le rôle des dirigeants africains de la région, qui ont copieusement démontré leur ineptie ou leur manque d’intérêt pour les véritables problèmes des peuples. Quand enfin ils se sont réunis afin de débattre de la situation au Mali, leur principale conclusion a été qu’il fallait demander davantage d’argent. Lors de la réunion de l’ECOWAS ou CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) du 25 février, ils avaient à porté de main une aide à la guerre de 455 millions de dollars, promise par les « donateurs » internationaux en janvier. Après des débats menés immanquablement dans un hôtel de luxe, ils ont déclaré que les coûts du conflit correspondraient au double, soit au moins 950 millions de dollars, et ils se sont mis à demander publiquement des fonds supplémentaires. Ce procédé n’a plus surpris les Africains, qui en ont assez de leurs dirigeants et de leurs chers « donateurs », et qui se retrouvent criblés de dettes illégales qu’ils ne pourront jamais rembourser. Et où donc est passé l’argent demandé au nom du peuple aux « partenaires occidentaux » ? Probablement qu’il est allé grossir la dette, mais rien de tangible ni de payable.

 

Face aux critiques qui remettent en question ces interventions militaires, on entend souvent « Mais alors, quoi faire ? Quelle est la solution ? Ils souffraient ! ». Lorsque les Maliens ont appelé à l’aide, ils ne demandaient certainement pas que leurs villes et leurs villages soient bombardés. Les Européens qui souhaitons aider les Maliens, peut-être devrions-nous regarder de plus près en quoi consiste l’aide fournie par nos gouvernements et payée par nos impôts : des bombardements intensifs. Est-ce là le soutien que nous souhaitons apporter ? Cette méthode a-t-elle jamais aidé quelqu’un ? Répond-elle à ce qui était demandé ? Cette militarisation occidentale a-t-elle amélioré la situation des Maliens ?

 

Difficile de répondre à ces questions dans un contexte où l’information sur la réalité de la guerre au Mali est manipulée et tronquée par les « intervenants » eux-mêmes. Comment pouvons-nous avaler une version des faits totalement extravagante, irresponsable et fausse ? Dans un article d’une grande dureté intitulé « Le naufrage et l’offense. Le Mali à rendre aux Maliens », la Malienne Aminata Traoré l’explique par « le credo de Margaret Thatcher -There Is No Alternative (TINA) ». Les médias nous l’ont prêché et rabâché, tant et si bien que nous croyons désormais qu’il n’y a effectivement pas d’autre solution que de bombarder les populations pour les aider.

 

 

http://www.michelcollon.info/Guerre-humanitaire-au-Mali-aucune.html

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